Dernier album, oui, en novembre 2005. Mais ma carrière artistique ne s'est pas arrêtée là. Chaque automne je me suis inscrit aux scènes ouvertes dans divers lieux toulousains. Dix minutes à chaque fois pour conquérir un public assez indulgent, mais pour aussi faire un petit bilan personnel et jalonner la vie, me frotter à la scène, me dire que je n'étais pas un chanteur complétement fini. J'ai eu dans ces moments de gros gros succès, acclamé comme jamais je ne l'avais été auparavant. Je me souviens d'un inconnu sur le trottoir après une prestation, me disant: "vous avez le triomphe modeste...". Ca me faisait du bien et en même temps je me sentais un peu comme un ours ressortant de sa tanière pour s'offrir un rayon de lumière.

   Bon an mal an, profitant de ces occasions annuelles, je cherchais à construire un répertoire avec de nouvelles chansons. Il y en eut une poignée en une poignée d'années. Toujours inédites, pas encore réunies dans un album. Et puis automne 2008, j'ai rebranché le home studio, j'ai dépoussiéré les micros et j'ai senti revenir l'énergie d'enregistrer. Le retour du rock m'a inspiré un nouveau concept sur le mode pastiches et amusements sur le thème des fossoyeurs du rock. Moqueries sur le pompage ehonté des anciennes gloires. Mon ennemi public numéro un n'était plus Bénabar mais Pete Doherty... Mais "Rock Eclair" où devait participer mes enfants et Roul, n'a jamais vu le jour. 5 ans plus tard j'essaie de m'y remettre mais en vain.

   J'ai aussi tenté de poster sur ce blog des reprises ou des compos spontanées quotidiennes. A mon actif une poignée encore de standards engagés repris à la guitare, parmi eux "Jaurès" de Brel. Quoi d'autre ? Ah oui, en juin 2010, pour la fête de la musique, j'ai improvisé avec mon beau-frère un petit spectacle mélangeant reprises et anciennes compos, qu'on a interprétées dans un café du 14 ème arrondissement.

   Et puis, Les Michels. Le retour en région parisienne m'a permis de remonter un groupe avec mes anciens comparses de Petticoat (moins le batteur perdu de vue). Objectif: flou. Premier concept qui a émergé très vite: une soirée entre potes qui chacun un morceau de leur choix. "Le Michel Social Club" a été une réussite, dans l'appart de Julien le batteur. Puis a commencé la période "soul" des Michels. Irgy (notre pote Grégoire qui chantait au temps de Petticoat dans un autre groupe) a pris le micro et aujourd'hui, alors que s'essouffle notre répertoire de reprises de standards de Al Green, Syl Johnson,..., et après une poignée encore de concerts (dans des bars, club ou apparts) en deux ans, nous voilà arrivés à aujourd'hui. Des envies, des projets perso en pagaille dans ma tête: d'ailleurs autre concrétisation, la B.O. du docu de mon frère Olivier au printemps dernier. Et puis la suite de l'aventure Michels: plus de compos et de nouvelles reprises.

   Voilà, comme quoi la musique est toujours présente et concrète dans ma vie, même si sa place est moins centrale dans ma tête. J'ai pourtant toujours ce petit truc qui me turlupine, cette petite voix qui me sussure: Babasse tu n'as pas achevé ton oeuvre, relance toutes sortes de projets dans toutes les directions, produis, produis, souviens-toi ce sentiment euphorique en Ariège, dans ta maison, il y a 10 ans, où tu te voyais enchâiner les superproductions. Tu avais commencé par un projet récréatif, genre vite fait, et ça reste quasiment ton oeuvre la plus aboutie: "Amour standard". Tu te levais le matin littéralement propulsé par l'envie hors du lit, et tu passais des heures à enregistrer. C'était bon. Une liberté, une innocence et une jouissance artistique jamais retrouvée depuis...