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    Un jour de décembre 2006, il y a donc 7 ans déjà, je constatai et formalisai une évolution progressive vers un état qui n'a que peu bougé depuis: le néant créatif. Si ce n'est que ce sentiment de culpabilité qui avait fini par m'empêcher d'agir, n'est plus vraiment de mise aujourd'hui. Parce que j'ai fini par acquérir le sens des responsabilités, si je ne crée plus aujourd'hui c'est uniquement par manque de temps. La vie familiale et professionnelle réclame trop de planification et d'énergie physique et mentale. En 7 ans, mon rapport à la création à considérablement évolué. Je n'ai plus du tout le même regard sur les thèmes de la reconnaissance, de la réussite par exemple. A l'époque, je croyais encore qu'en me donnant les moyens, en faisant un bel effort, je serais capable de donner corps à une oeuvre qui pourrait tôt ou tard trouver preneur et pourquoi pas me nourrir. Aujourd'hui, vieillissant, et me figurant les hordes de jeunots produisant des trucs bien léchés sur leur ordi ou ailleurs, je me rends compte qu'il n'est pas question de se singulariser là-dedans et d'en tirer parti. Et même je sais très bien que ce dont je suis capable est tout à fait moyen et anodin. La seule façon de tracer mon sillon ce serait d'organiser une tournée sauvage tel un saltimbanque, au hasard des rencontres et des lieux. Jouer et créer comme je respire, et façonner mon art comme un artisan, pièce par pièce, jour après jour. Et comme il n'en est pas question car je n'ai jamais eu une vie de saltimbanque et bien... Reste-t-il quelque chose? Ou la flamme est-elle éteinte à jamais? L'aventure des Michels, si elle m'a permis de rejouer en groupe avec les potes, si elle m'a permis de remonter sur scène, me laisse malgré tout un goût amer de "gloire passée", l'impression d'être devenu un "has been", d'avoir pris en pleine face mes limites techniques.

    Non. J'ai toujours en moi le feu. Un barrage monumentale s'est érigé en moi, retenant des masses d'eau créatrice d'une énergie potentielle incroyable. Je sais que lorsque les conditions seront réunies pour ça, un flot d'idées et de réalisations diverses pourra se déverser. Quand ? Dans un an, 5 ou 10 ans ? Le suspense reste entier. Et tout cette oeuvre-là ne sera adressée... qu'à moi-même ! Car au fond tout le monde s'en fout pas mal de ce que je chante ! Et c'est même alors une activité particulièrement égocentrique, mais après tout surtout un besoin vital, qui dès lors ne se contrôle pas...